le lundi 24 août 2026

Les réseaux sociaux n'existent pas.

Il est parfois des évidences que personne ne semblent oser formuler mais que tout le monde semble pourtant avoir en tête. Mais juste au cas où, permettez moi de formuler celle ci explicitement :

LES RESEAUX SOCIAUX N'EXISTENT PLUS.

WEB 2.0, 3.0 et n+1

Il y a eu bref moment où l'on mettait des numéros de version au web.

D'abord il y a eu juste le web puis le web 2.0 pour désigner, justement, les réseaux sociaux; vînt ensuite le web 3.0 qui a tellement dégouté tout le monde avec ses singes virtuels à 100 millions de dollars que l'on a arrété de numéroter. Et nous assistons probablement à la naissance d'un nouveau web avec l'arrivée de l'Intelligence Artificielle, un web où toutes les interfaces classiques s'effacent pour être remplacées par une seule et unique, pardon, Une Seule et Unique Interface, un chatbot capable de répondre à toutes les questions du monde.

Autant dire que nous sommes gentiment en train de préparer les catastrophes à venir mais ce n'est pas le propos du billet d'aujourd'hui.

Parlons plutôt de la phase dans laquelle nous somme actuellement, que l'on pourrait qualifier de Endless Feed, ou de Foutu Fil sans Fin si on veut tenter une petite allitération.

Reconnaissons qu'il y a eu une phase où les réseaux sociaux ont vraiment existé. Avant eux, le web était un ensemble de pages web, cataloguées et indexées grâce à des liens qui menaient de l'une à l'autre.

Puis sont apparus les blogs et surtout l'abonnement RSS. En plus d'avoir un format organisé dynamiquement et chronologiquement, les blogs ont popularisé 2 élèments importants du web pour la suite :

  • le fil RSS et la notion d'abonnement
  • les commentaires

Je vais insister sur ces 2 points. Avant le RSS, il n'était pas trivial de s'abonner à du contenu. Si vous découvriez un site web à propos d'un sujet qui vous interessait, il fallait revenir régulièrement vérifier s'il y avait des nouveautés. C'était un peu fastidieux et on avait tendance à oublier et abandonner les sites.

capture d'écran d'un logiciel de lecture de RSS
capture d'écran d'un logiciel de lecture de RSS

Avec le RSS, on pouvait s'abonner à un site, ou un blog, ou n'importe quoi qui publiait du contenu en respectant la norme rss : des photos par thèmes, une bd, de la poésie,… Et tout nos abonnements étaient centralisés dans un seul endroit, qui serait une app maintenant, qui permettait de voir le contenu que l'on suivait classé chronologiquement, filtré, etc.

Récapitulons donc ce qu'on pouvait faire à ce moment là du web ( en tant que consommateurice) :

  1. s'abonner au contenu produit par quelqu'un pour être tenu‧e au courant des nouveautés
  2. lui signaler qu'on aimait bien son contenu ou lancer des discussions sur des sujets hautement clivant avec des inconnu‧es sur le web en pourrissant la section commentaires
  3. partager le contenu. Juste en envoyant un email avec le lien vers le site, ou en le rajoutant sur sa propre page web dans la section "liens" ou "blogroll".

Et en tant que créateur ou créatrice de contenu :

  1. Publier votre contenu

Ok vous dîtes si ca vous rappelle un truc.

Facebook

Pour beaucoup d'entre nous, français, françaises, le 1er réseau social a sans doute été facebook. Certain‧es ont eu un myspace, peut etre même un compte friendster mais il est très probable que la majorité des gens aient commencé avec un compte Facebook.

Par rapport à un site web, l'immense avantage de Facebook, puis plus tard de Twitter et Instagram, et d'autres, a été qu'il n'y avait plus besoin de compétences techniques du tout. Vous vous inscriviez à Facebook et dans la foulée vous pouviez :

  1. Mettre un petit mot ou une petite photo sur votre journée, ce qui vous avais enchanté, embété, étonnée,…
  2. Vous abonner aux mises à jour de quelqu'un : votre cousin, votre collègue ou même Barack Obama
  3. Signaler à quelqu'un qu'on aimait bien son contenu avec un Like ( bouton apparu environ 10 ans après la création du site)
  4. Repartager AU SEIN DU RESEAU un contenu qui vous avait plu

Et une nouveauté qui n'existait pas vraiment avec le web sous formes de sites :

  1. Vous voir proposer du nouveau contenu auxquelles vous abonner.

On conserve les fonctionnalités de l'ancien web ( s'abonner, réagir, partager) auxquelles on rajoute :

  1. Simplicité
  2. Decouverte

On pourrait dire que la découverte existait déjà avec le web précédent au travers des pages de "Liens". Mais je pense que la différence d'ampleur conduit à une différence de nature. Proposer une decouverte de contenu automatisé est totalement différent d'une découverte de contenu éditorialisée à la main.

Par la suite, d'autres réseaux sociaux apparurent, tous fermés et non intéropérables d'ailleurs, mais les principes et fonctionnalités restaient identiques :

  • publier
  • s'abonner
  • réagir
  • partager
  • decouvrir

Et tout ça avec des compétences techniques nécessaires quasi nulles.

Afflux

Ne crachons pas dans la soupe : la facilité de créer un compte twitter ou facebook pour partager son contenu et discuter de sujets que l'on aime avec des gens aux goûts proches l'emportait facilement sur la perte de contrôle du contenu qu'on publiait. Celui ci était librement exploitable par les plateformes mais on s'en fichait un peu, vu qu'il n'avait à priori pas trop de valeur. On se créait des petits réseaux de communauté par affinité, de temps en temps on avait la chance de pouvoir discuter avec une personnalité qu'on appréciait dans le domaine et c'était bien.

Au milieu de tout ça, de temps en temps, on voyait du contenu ou des comptes que l'on ne connaissait pas mais qui était proches de nos goûts, on faisait des découvertes et c'était bien.

Et puis à un moment, la découverte à primée sur le suivi.

Il me faut du contenu. Plus de contenu.

Les gens qui vivent grâce au web vous le diront. La priorité c'est la régularité et la répétition incessante de votre existence en tant que créateurice dans le thread de vos abonné‧es. Et seulement une partie le verra de toute façon. Et seulement une partie de cette partie s'intéressera réellement à vous ou ce que vous faites. En conséquence de cette nécessité, le rythme des sollicitations ne fait que s'accélérer.

Constatons ce qu'est le web maintenant ( en majorité ) :

  • une consommation en fil (c'est à dire avec un scroll de haut en bas, majoritairement sur smartphone)
  • une disparition de l'agentivité pour laisser place à une consommation de ce que l'algorithme de découverte propose.

On ne va plus sur Instagram ou Tik tok, encore moi sur twitter, pour voir si son artiste préférée a fait un nouveau dessin, on y va comme on allume la télé, pour avoir un contenu à regarder pour se détendre (notez que j'ai absolument rien contre ça. Consommer du contenu divertissant passivement pour se changer les idées n'est ni nouveau, ni déshonorable). Chaque réalisation de chaque personne doit être fait pour être assimilé en quelques secondes, ou alors ça n'a pas sa place sur les réseaux sociaux

Présenté ainsi, est ce que Instagram ( pour le contenu créatif ), Twitter ( pour les "débats" politiques ) ou Tiktok ( pour la comédie ), sont encore des réseaux sociaux, où des communautés se tissent pour échanger sur un sujet, ou est ce que ce sont des chaînes de télévision, qui diffusent du contenu en continu pour y insérer de la pub ?

Evidemment, posée ainsi, la question est réthorique. Bien sûr que mon avis, qui est une énorme banalité parce que tout le monde le sait ou au moins le pressent, est que le web actuel consiste uniquement en une demi douzaine de plateformes qui diffusent du contenu destiné à être consommé. Exactement comme la télévision qu'on allume le soir pour se changer les idées, si on a plus de 50 ans.

Ce n'est plus les createurices individuelles qui comptent dans l'eco système actuelle mais la somme du million de micro créateurice, micro influenceureuse, qui à eux tous et elles toutes génèrent des heures de contenu non payés mais pourtant monétisés.

Cela plus rien à voir avec un réseau social.